Rencontre avec Sylvain Joly, codirecteur de Recyclivre, une entreprise qui s’engage pour que vos livres ne meurent jamais !

21 novembre 2023

Ne plus entasser les livres et leur donner une seconde vie en les partageant avec d’autres lecteurs… Maintenant plus d’excuses, puisque la solution tient en un mot, 10 lettres, et une poignée d’ambitieux : Recyclivre !

Cornillier Avocats, dans le cadre de l’élaboration de sa 2nd cartographie qui met à l’honneur les entreprises détentrices de l’agrément ESUS, est parti à la rencontre de Sylvain Joly, co-directeur de Recyclivre, et engagé quotidiennement dans un objectif simple : plus aucun livre ne finira ses jours à la poubelle.

Racontez-nous la naissance de Recyclivre, quelles sont les étapes fondatrices de sa création ?

Nous avons été créés il y a 15 ans avec l’ambition de se dire que plus aucun livre ne finira à la poubelle. Au départ, David Lorrain, le fondateur de Recyclivre a mis en place un service de collecte à domicile sur Paris, et depuis 2015, nous nous sommes implantés également à Lille, Nantes, Bordeaux, Toulouse, Lyon, Strasbourg et Madrid. Les collectes s’effectuent surtout à deux moments principaux de vie : les déménagements, et malheureusement, les décès. Afin d’optimiser au mieux les collectes, nous organisons des tournées elles-mêmes pensées selon les prises de rendez-vous. Pour ainsi dire, les tournées sont orchestrées par zones géographiques et activées dès lors qu’il y a une quantité suffisante de livres à récupérer sur un même périmètre. Globalement, nous allons chercher de 2 000 à 4 000 livres sur une tournée. Sur Paris, nous organisons 2 à 3 tournées par jour.

En 2021, nous avons étoffé notre offre avec le lancement d’une application de rachat en France, et en 2023 en Espagne. Là, l’idée était vraiment d’aller collecter des livres un peu plus récents et en meilleur état que ceux récupérés durant les collectes.

Pour faire suite à la collecte et au rachat, entre en jeu le cœur de notre engagement : la phase de tri ! Sur la partie rachat, le tri est géré directement par notre application qui va accepter ou refuser les livres en vente selon la demande et nos stocks. Sur la partie dons, donc collecte, le tri se réalise dans nos ateliers. Les livres très abîmés, dépourvus de code barre ou trop datés, autrement dit qui ne remplissent pas un certain cahier des charges afin d’être proposés à la vente, vont être transformés en pâte à papier. Concernant les livres en bon état, ils sont triés selon un algorithme développé en interne sur le même modèle que celui dédié aux achats, à même de prédire le potentiel de vente d’un livre. In fine, les différents livres sont proposés sur des marketplace et tout particulièrement sur notre site internet recyclivre.com.  

En fin de processus, l’ensemble des livres triés sont envoyés à notre entrepôt, en partenariat avec le Groupe Ares, et sont gérés uniquement par des personnes en réinsertion professionnelle. On rentre alors dans un parcours tremplin qui est un module spécifique d’accompagnement vers la reprise d’emploi.

Pour bien comprendre notre vision de Recyclivre, il faut garder en tête nos trois grands piliers fondamentaux. Le premier est la rentabilité puisqu’elle est vitale afin de conserver une entière indépendance dans nos modes de financement et donc dans nos prises de décision. Le second est l’impact social, avec notamment notre collaboration avec le Groupe Ares. Enfin, le troisième pilier est l’impact environnemental et notre volonté constante de limiter au maximum notre empreinte carbone. Cette dernière se répercute quotidiennement dans chacune de nos actions, à la fois dans la raison d’être de Recyclivre, mais surtout via notre participation au collectif d’entreprises 1% for the Planet qui comme son nom l’indique reverse 1% de son chiffre d’affaires à des associations qui luttent contre le réchauffement climatique.

L’agrément ESUS (Entreprise Sociale d’Utilité Solidaire), labellisation délivrée par l’Etat, permet d’attester d’un haut niveau d’engagement dans l’écosystème ESS. Que vous apporte-t-il professionnellement (en termes de financement, image de marque, etc.) ? Comment l’avez-vous obtenu ?

Nous avons obtenu l’agrément ESUS en 2015. Pour nous, l’agrément n’était pas une finalité en soi, c’était plus quelque chose qui venait certifier nos engagements. Toutefois, les retombées de l’agrément sont non-négligeables. Par exemple, depuis une loi de 2021, détenir l’agrément ESUS nous confère le droit de collecter les livres des bibliothèques municipales. En effet, les bibliothèques municipales ou départementales organisent un désherbage chaque année. Autrement dit, elles vont se séparer de 10 à 15 % de leurs livres sur lesquels il n’y a que très peu, voire pas du tout, de rotation. Aujourd’hui, seules les entreprises qui ont l’agrément ESUS peuvent récupérer les livres donnés par ces bibliothèques. C’est donc un enjeu fort pour nous.

Nous possédons également en parallèle le label B-Corp. Selon moi, la véritable valeur ajoutée de ces labels réside dans le fait qu’ils incarnent le rôle de tampons afin de certifier le fait que nos claims et la manière dont nous communiquons sur nos engagements n’est pas du greenwashing. Je pense donc que cela représente une réelle différenciation pour nous, nos clients et parties-prenantes externes.

Quelles sont les évolutions à venir concernant Recyclivre ? Quelles sont vos perspectives de développement dans un futur proche ?

L’année 2020 et le confinement ont marqué un tournant décisif pour Recyclivre, contre toutes attentes. En effet, ce laps de temps a constitué une grande période de développement avec les médias qui se sont beaucoup intéressés à notre structure, mais aussi l’émergence d’une prise de conscience collective et l’envie de consommer autrement et mieux. Cela s’est traduit par une croissance globale de nos ventes, mais aussi une meilleure visibilité de recyclivre.com, aujourd’hui devenu notre plateforme principale de ventes.

Nos perspectives pour le futur sont relativement simples. Nous souhaitons continuer, bien évidemment, à grandir en se concentrant sur le développement d’une source de collecte de plus en plus large. En effet, et c’est là aussi une des spécificités de l’économie circulaire, notre rentabilité ne se fonde pas sur des investissements et des leviers marketing, elle est le reflet de notre offre et sa diversité. Il est donc crucial, pour nous, d’avoir du sourcing et des produits à vendre qui sont variés et qui répondent à tous les goûts.

Nous avons également des objectifs de développement géographique : en Europe et notamment en Italie, par exemple !

Souhaitez-vous partager un conseil, une anecdote ou encore un moment spécial en lien avec Recyclivre ?

Si vous souhaitez développer un business à impact, la première question importante à se poser est celle de s’assurer de le faire pour les bonnes raisons ! C’est tout bête, mais je pense qu’il est essentiel que dans la vision de départ de l’entreprise, la rentabilité soit pensée afin de garantir une pleine indépendance et une liberté complète. Cela implique également d’accepter de suivre un modèle de croissance plus lent que les modèles dits traditionnels, c’est-à-dire sollicitant des levées de fonds. Dans l’économie circulaire, ce sont les clients qui permettent directement à l’entreprise de croître.

Selon moi, concevoir le fonctionnement de l’entreprise non plus uniquement sur de la rentabilité, mais aussi sur des enjeux à forts impacts, est une stratégie qui va assurer une bien meilleure stabilité financière, en temps d’accalmie, tout comme durant les différentes crises auxquelles nous pourrions avoir à faire face.

Enfin, il est fondamental de bien assimiler qu’être investi dans l’économie circulaire n’est pas toujours synonyme d’impact. Certains de nos concurrents considèrent l’économie circulaire en tant qu’opportunité business. Pour faire de l’impact, il ne s’agit pas tant de vendre un service ou un produit ayant un impact positif, il s’agit de penser l’ensemble de la chaîne de production dans une logique d’impact, à la fois sur le plan environnemental et social.